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J'me souviens de ce soir là, un passage, un arrêt, un hasard qui je crois n'en était pas un. J'me souviens de tes yeux, du goût d'alcool avant celui de ta bouche, de tes mains sur moi. De mon étonnement enfantin, de ta voix qui me fait trembler et m'a permit de marcher. De mon espoir renaissant, de la lumière que tu as su placer en moi en un quart de seconde et qui brillait longtemps. Ravivée par la simple vision d'un souvenir. D'un immense besoin de dire merci, immense besoin, de m'être tue, d'avoir voulu être prudente. De te chercher discrètement du regard, ce respect, cette pudeur, cette force...
Je me souviens de ta silhouette, de te voir loin tout à coup, d'être rapidement toute seule à marcher. Pendant ce temps une môme se teste, se pousse, se détruit à demi consciemment pour croire qu'elle vaut quelque chose. Elle laisse défiler, elle regrette, sans vouloir vraiment si elle pouvait changer l'histoire.
Je me souviens des cris, des rires, puis d'une étincelle qui déclenche rapidement un brasier. De tes mots, de ce que tu cachais, de ton allure détachée, de la peur, de la raison mêlée au feu, j'étais si petite...
Puis ton regard, plus dur, plus sûr, qui me paralysait autant qu'il m'envoûtait et menait mes pas à ses trousses. De lui, de toi, d'un nous que j'aurai voulu voir vivre et grandir. Vous l'avez tué d'un coup lame. Et cette petite conne, pourquoi elle reste là à trembler et suffoquer? Ah elle à l'air fière dans ses bottes et son cuir, mais regarde là, elle n'est plus rien qu'un corps qu'on tiraille. Elle a beau n'avoir qu'un vieux témoin sur le cœur, elle sent les aiguilles plantés dans la peau, pénétrer la chair et raviver le sang, bien plus fort qu'elle ne peut le supporter. Tout se fendille, tout craque, tout s'efface sous les gouttes d'eau, la fin est annoncée, pourtant elle s'accroche. Esclave de sa déraison et de son amour. Esclave de ne pas savoir, de sa lâcheté et de sa rage. Elle avait l'air fière à se balader comme ça, elle avait l'air d'avoir envie de continuer. Maintenant elle est pâle, le noir à coulé sur ses joues et n'a que la force de l'écouter. On choisit. Elle exécute. Elle voudrait crier, mais sa douleur reste bloquée dans sa gorge. Et l'étouffe. Il disparaît un peu, noyé, il se trouble. Pourtant il est là, encore, elle le voit, elle le sent. Le feu devient dévorant, il la ronge, la dévore, il la consume comme une simple brindille.  Elle se sent brûler, entre deux directions elle hésite, entre désir de partir, celui de tourner les talons... A force de ne pas savoir, elle se laisse calciner, immobile, presque sereine. Son corps reste là, à coup d'auto persuasion, mais elle sent qu'elle se déchire, écartelée, elle n'attend qu'un geste pour se remettre à marcher, se laisser courir vers lui et le serrer jusqu'à se fondre en lui. Ne rien dire, elle ne peut pas, tout est flou devant elle. De sa détermination, elle savait, au fond. Le volcan n'est pas éteint, on à seulement tenté de conditionner la lave qui surgit. Vous croyez vraiment que votre boîte, aussi blindée soit-elle, résistera longtemps? La brèche est déjà ouverte. Ouverte par vos incohérences, ouverte par ce visage qu'elle croit voir à chaque instant, ces pensées qu'elle voudrait effacer un instant, ce sourire quand elle voit une bouille noire et blanche, un bandana autour du coup, ces bruits métalliques qui la font se retourner brusquement, puis reprendre sa route, lassée et morne. Loin. Oh oui il est loin son esprit. Et il danse, il danse...

Danse.




J'aurai bien voulu être un de ces gars, qui ne craint ni la pluie, ni la nuit, ni le froid, au menton carré, qui ne pleure jamais, qui s'en va, qui s'en va sans regrets...
 
 [Babylon Circus]

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